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SloWeAre se donne pour objectif de redéfinir les normes de l’industrie de la mode en proposant aux marques engagées un label éthique et transparent. Cette initiative novatrice, lancée il y a plus de dix ans par Éloïse Moigno et son associé Thomas Ebélé, vise à promouvoir une mode écoresponsable.

Éloïse, engagée en faveur de la durabilité et de la protection de l’environnement, a été influencée par ses origines familiales et ses expériences dans le secteur de la mode. Au cours de cette interview, elle partage ses motivations profondes pour s’investir dans cette démarche, ainsi que les défis auxquels elle a fait face et les solutions qu’elle souhaite encourager pour favoriser une mode plus respectueuse de la planète et des Hommes.

 

Portraits EloA¯se Moigno et Thomas EbA©lA© LFCE Eyrolles - Eloïse Moigno (SloWeAre) : « Nos marques doivent être ouvertes d’esprit et aller au-delà de la RSE classique. » - Pearls Magazine

Eloïse Moigno et Thomas Ebélé, les fondateurs de SloWeAre.

Bonjour Éloïse ! Quelles ont été vos principales motivations pour vous engager dans une mode plus responsable ?

 

L’aventure entrepreneuriale a commencé à germer entre 2012 et 2014. J’ai lancé SloWeAre en 2016 après avoir créé Eco Fashion Paris. À l’époque, j’étais salariée dans l’agroalimentaire et j’ai ressenti le besoin d’agir face à l’absence d’informations sur la traçabilité de nos vêtements. Mon objectif était d’expérimenter et de comprendre ce qui se passait dans cette filière. Mon expérience dans les médias m’a également permis d’utiliser des mécanismes d’investigation pour explorer les enjeux du secteur.

Mon inquiétude initiale était de savoir où nous en étions : pourquoi il n’y avait pas d’informations sur la traçabilité et pourquoi cela n’intéressait pas davantage les consommateurs. Je voulais fournir des outils d’action et défricher des solutions qui avaient du sens, mais qui manquaient de visibilité.

“Aujourd’hui, les marques de mode engagées manquent encore de reconnaissance. La question de la visibilité est fondamentale, et comment faire émerger des marques engagées reste un enjeu majeur.”

 

Je viens d’une famille d’agriculteurs bio. J’ai toujours été inspirée par la préservation de l’environnement, mais je suis également passionnée par les métiers manuels et les belles choses en général. Mes visites d’ateliers de dentelle à Puy-en-Velay durant mon enfance et mon expérience chez Etam lorsque j’étais étudiante m’ont ouvert les yeux sur les dysfonctionnements de l’industrie de la mode. J’ai ensuite intégré une école de commerce où je me suis spécialisée en marketing stratégique et éthique. À l’époque, peu de marques éthiques étaient connues, ce qui m’a poussée à m’orienter vers l’agroalimentaire tout en continuant à développer mon projet pré-entrepreneurial. Pour moi, la mode n’est pas une question de tendances, mais de style, de sociologie, de méthodes de fabrication et de savoir-faire.

 

Ecofashion tour 2018 Dressing Responsable - Eloïse Moigno (SloWeAre) : « Nos marques doivent être ouvertes d’esprit et aller au-delà de la RSE classique. » - Pearls Magazine

EcoFashion Tours, 2018.

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le label SloWeAre et quels sont les critères nécessaires pour obtenir cette labellisation ?

 

J’ai lancé SloWeAre avec Thomas, qui m’a aidée à concrétiser cette idée avec un cahier des charges. Mon travail d’investigation préalable m’a permis de comprendre les préoccupations des créateurs, en rencontrant des marques de fast fashion pour analyser les manques dans le secteur. Je souhaite préciser qu’aujourd’hui aucune marque de mode éthique n’est parfaite puisqu’elles ont toutes des points d’amélioration.

Les critères de pré-éligibilité pour obtenir le label SloWeAre sont variés et englobent plusieurs aspects essentiels à la durabilité et à l’éthique dans l’industrie de la mode. Tout d’abord, les marques doivent s’engager à utiliser des matières majoritairement écoresponsables, garantissant ainsi une empreinte environnementale réduite. De plus, elles doivent respecter des conditions de travail éthiques pour toutes les parties prenantes impliquées dans le processus de production. Une production raisonnée est également primordiale, visant à limiter le gaspillage vestimentaire et à promouvoir une approche responsable de la consommation. En parallèle, le label valorise la création de valeur pour l’emploi et la pérennité des entreprises, tout en intégrant des principes d’inclusion sociale et de représentativité des genres. L’importance de la diversité culturelle est également soulignée, avec un engagement fort contre la non-appropriation culturelle et une volonté de préserver les savoir-faire traditionnels.

Bien que nous travaillions principalement avec des marques françaises, nous envisageons également d’intégrer des marques étrangères qui respectent nos critères.

 

Collectif SloWeAre IMPACT — Credits Thomas Ebele - Eloïse Moigno (SloWeAre) : « Nos marques doivent être ouvertes d’esprit et aller au-delà de la RSE classique. » - Pearls Magazine

Collectif SloWeAre / Photo : Thomas Ebélé.

Actuellement, combien de marques de mode sont labellisées SloWeAre ?

 

À ce jour, une trentaine de marques sont labellisées. Chaque année, elles actualisent leur labellisation et sont soumises à un audit. Notre rôle est de garantir aux consommateurs que ces marques labellisées – à la différence des marques de mode en transition – placent l’écoresponsabilité au coeur de leurs actions. Leur démarche est éthique, transparente et cohérente. Ces marques ne sont pas parfaites, mais elles ont des convictions qui peuvent faire avancer les choses, en cherchant à aligner leur chaîne de valeur.

Nous envisageons également de labelliser des structures qui revalorisent les vêtements ou qui offrent des services de réparation. Actuellement, nous travaillons à établir un dénominateur commun pour ces différents modèles économiques.

Quel est le prix du label SloWeAre ?

 

Nous évoluons sur un marché avec des marges faibles, en particulier pour les marques en transition vers un modèle écoresponsable. Nous avons établi une grille tarifaire adaptée à différents profils d’entreprises pour que le prix ne soit pas un frein. L’objectif est que la labellisation aide les marques à structurer et valoriser leurs engagements, tout en les soutenant dans leur démarche. Ce label leur permet également d’évaluer leurs actions et d’explorer des axes stratégiques pour aller encore plus loin.

 

Comment décririez-vous votre parcours depuis la création du label en 2016 jusqu’à aujourd’hui ? Quelles leçons en avez-vous tirées ?

 

Depuis la création de SloWeAre, nous avons continuellement essayé de convaincre et de persuader les acteurs du secteur. La question du prix demeure un sujet délicat, surtout face à la concurrence de la fast fashion et de l’ultra fast fashion, qui altèrent la valeur réelle de nos vêtements.

 

Fashion Green Days 2018 - Eloïse Moigno (SloWeAre) : « Nos marques doivent être ouvertes d’esprit et aller au-delà de la RSE classique. » - Pearls Magazine

Fashion Green Days, 2018.

Vous participez régulièrement à des conférences avec le grand public. Quel est l’impact de votre intervention sur la nouvelle génération en matière de mode éthique et durable ?

 

Lors de nos ateliers, nous visons à laisser les participants avec une vision optimiste et un désir de changement. Ces événements nous permettent de mesurer les tendances et de comprendre les préoccupations du public concernant la transition dans la mode. Nous aidons également les entreprises qui hésitent à franchir le pas en leur montrant que le changement n’est pas insurmontable.

 

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes entrepreneurs qui souhaitent lancer leur propre marque de mode durable ?

 

Pour les jeunes entrepreneurs désireux de lancer leur propre marque de mode durable, il est essentiel de commencer par établir un contact direct avec les fournisseurs, afin de garantir la transparence de leur chaîne de valeur avant même la conception d’un produit. Cette démarche permet non seulement de s’assurer que les matériaux utilisés sont éthiques, mais aussi de bâtir une relation de confiance avec les partenaires de production. Parallèlement, les marques doivent créer une identité forte et un branding unique qui reflètent les valeurs de durabilité et d’éthique de la marque. Enfin, l’élaboration d’un business plan solide, intégrant à la fois les aspects créatifs du design et les aspects financiers, leur offrira une pérennité sur le marché.

 

EloA¯se Moigno et Thomas EbA©lA© LFCE Eyrolles Librairie 1 - Eloïse Moigno (SloWeAre) : « Nos marques doivent être ouvertes d’esprit et aller au-delà de la RSE classique. » - Pearls Magazine

Lancement du livre « La face cachée des étiquettes », 2023.

Il y a deux ans, vous avez publié le livre « La Face Cachée des Étiquettes ». Quelles stratégies mettriez-vous en avant pour inciter les consommateurs à exiger plus de transparence de la part des marques ?

 

Au-delà de la simple lecture des étiquettes, il est essentiel de préparer son parcours shopping pour adopter une consommation consciente. Cela inclut la recherche de marques éthiques et la valorisation de ce que l’on possède déjà dans sa garde-robe. Il s’agit également de privilégier des basiques de qualité, en matières naturelles et éthiques que l’on pourra accessoiriser avec des articles de seconde-main ou de jeunes créateurs, par exemple.

Selon une étude de l’application de shopping Joko, Shein est devenue l’enseigne de mode où les Français ont dépensé le plus en 2024. Comment expliquez-vous cette contradiction entre une consommation de plus en plus raisonnée et l’augmentation des achats en ultra fast-fashion ?

 

L’achat en ligne est devenu extrêmement accessible, ce qui favorise une consommation compulsive et donc une surconsommation… Nous sommes influencés par une société qui nous pousse à acheter sans en avoir réellement besoin. Il est fundamental de conscientiser les consommateurs sur les conditions de fabrication des produits afin qu’ils redonnent de la valeur à ce qu’ils achètent.

“La mode éthique doit être mise en avant pour montrer les changements positifs qu’elle peut engendrer pour la planète et les Hommes.

Chez SloWeAre, nous avons développé un outil pédagogique, « Changeons de mode », qui aide les entreprises à comprendre l’impact de leurs fabrications.

Quels sont vos projets pour 2025 et comment envisagez-vous l’évolution de SloWeAre dans les années à venir ?

 

Nous souhaitons partager davantage nos réflexions à travers des formations et des ateliers. Nous prévoyons de travailler sur la communication responsable, les chaînes de valeur, et d’autres projets qui se dessineront tout au long de l’année 2025.

 

Texte : Eloïse Moigno / Anne-Sophie Castro

Photos : SloWeAre

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