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Une mode du futur à base de cheveux, est-ce éthique?

Alix Bizet crée des pièces de mode dans une matière peu commune: le cheveu. Social designer et éducatrice basée à Londres, elle étudie cette fibre depuis son master en design social où elle a été diplômée avec “Hair Matter(s)”, un projet qui explore la fibre du cheveu dans toute sa diversité, mais aussi comme “matériel socio-politique pour comprendre les enjeux de nos identités diverses au sein d’une sociéte standardisée”. Aujourd’hui, elle travaille avec des musées, des écoles et enseigne le design et le textile dans deux universités à Londres et Kingston.

En quoi consiste le processus de création avec des cheveux?

Je commence par une collecte des cheveux coupés auprès des artisans et coiffeurs avec qui je collabore régulièrement à Londres. Cela me permets d’améliorer mes connaissances du cheveu tout en découvrant de nouvelles possibilités et techniques de travail.

Ma pratique se base sur une compréhension du cheveu comme fibre naturelle. J’étudie les possibilités textiles que je définis en expérimentant avec des techniques textiles détournées afin de ne pas dénaturer la structure unique de chaque cheveu. Ainsi, j’utilise ce que je trouve mettant en valeur chaque texture afin de designer avec et pour la diversité.

J’aime réactiver des savoirs vernaculaires qui offrent une plus vaste palette de connaissance de fibres naturelles peu ou plus exploitées, due à notre société industrielle. Ma démarche est aussi de travailler avec les communautés dont j’utilise les cheveux coupés pour refléter leur histoire, les identités et les voix dans la société. Cela prend la forme d’ateliers ou de performance collective avec des participants souhaitant associer le cheveu avec leur histoire personnelle ou collective.

Avez-vous déjà contacté des marques de mode pour utiliser cette matière?

Jusqu’à présent aucune marque de mode n’a manifesté de l’intérêt dans l’utilisation du cheveux humain comme matière. Mais je crois aussi que des vêtements en cheveux poseraient une question essentielle liée à l’éthique, car, pour créer des vêtements en cheveux, il faudrait s’assurer d’une totale transparence sur sa provenance mais aussi sur les méthodes de collection.

Il y a un véritable danger lié à l’exploitation des cheveux des “autres” qu’on ne peut pas ignorer, même si cette fibre est coupée et jetée, elle reste humaine et contient l’ADN de quelqu’un. L’histoire nous a montré que, quand il y a une opportunité économique, il y a souvent un risque d’exploitation mais aussi de déshumanisation de l’autre comme produit.

C’est pourquoi cette utilisation dans une industrie comme la mode pourrait être problématique et demander l’instauration d’un système de transparence totale et de consentement des donateurs.

Comment vivez-vous cette transition dans la mode au quotidien?

Mes projets m’aident à comprendre la nécessité de se poser des questions quand on achète un produit, notamment en ce qui concerne les conditions de fabrication mais aussi les systèmes de standardisation que l’industrie met en place pour toujours produire vite et à bas prix. Cela m’aide à comprendre la production autrement, voir ce qui est utile, inutile ou périssable. 

Ce travail de recherche m’a aidé à repenser ma façon de consommer et savoir comment nos produits étaient fabriqués et par qui. J’ai aussi appris à consommer localement avec des fibres plus éthiques et à valoriser les artisans indépendants.

Photos: Juliette Delforge

Modèles: Josie, Lucas et Josh

www.alixbizet.com

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